Affichage des articles dont le libellé est doutes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est doutes. Afficher tous les articles

dimanche 12 octobre 2014

A nouveau dans la course

Un grand bonjour à toutes! Depuis le temps... j'imagine que certaines avaient oublié jusqu'à l'existence de mon blog;) de mon côté j'ai continué à vous lire, même si je me suis faite plus distante. J'avais besoin je crois de me sentir "normale", de mettre la fivdo derrière moi pour quelques mois, d'éviter certaines questions existentielles liées au don pour vivre le plus sereinement possible cette première année avec mon fils. 

Je reviendrai sur cette vie-là, que j'avais tant désirée et qui, que ce soit un encouragement pour celles qui cheminent encore, a répondu si bien à toutes mes projections. Je reviendrai aussi sur la vie de famille et les rapports parfois compliqués avec le papa... 

Les joies et les peines de cette année n'ont finalement pas de lien réel avec le don, elles sont celles de beaucoup de mamans débutantes et je ne me suis pas sentie différente de mes copines qui ont fait leurs bébés dans leur chambre à coucher. 

Mais maintenant, on y revient! Bébé 2 a toujours fait partie des plans bébé 3 et bébé 4 aussi d'ailleurs, mais la vie nous dira ce qu'elle fait de nos plans. Nous attendions donc le délai d'un an post-césarienne recommandé par les gynécos pour envisager la suite. Entre temps, il y a eu l'interrogation quant à la donneuse la même? pas la même? si oui pourquoi? si non pourquoi? qui est en train de connaître son épilogue: nous pensons changer de clinique et la question ne se pose donc pas si nous allons ailleurs. 

Ce qui m'amène à la question du moment: est-ce que l'on retourne chez Eugin ou est-ce que l'on tente IVI? J'ai pris contact avec IVI et nous avons rendez-vous à la fin du mois. Première constatation: ils sont plus chers. C'est positif (ils sont plus chers, c'est donc qu'ils assurent un meilleur suivi?) ou négatif (c'est juste du "marketing" et ils se font mousser en étant plus chers que les autres)

Ce qui me pousse à changer? Le suivi post-naissance ne m'a pas tellement plu. J'ai eu l'impression qu'une fois que mon résultat positif leur était parvenu, la suite ne les concernait plus tellement et ils ont été un peu maladroits quand ils m'ont dit avoir contacté la donneuse. Ca lui a donné une réalité à laquelle je n'étais pas prête à être confrontée. Je ne voulais pas "passer commande" et solliciter une personne en particulier, je suis déjà assez gênée par l'idée de devoir compter sur quelqu'un d'autre que moi pour faire un enfant pour ne pas en rajouter. Je ne sais pas si j'arrive à exprimer mon sentiment. 

Et puis il y a cet argument chez IVI: ils ne partagent pas les ovocytes entre différentes receveuses. Est-ce que cela veut dire que ceux qui n'abordent pas cette question le font? Est-ce que cela explique la différence de prix? Je m'aperçois que ces questions-là, je ne me les suis pas réellement posées la première fois. Peut-être que dans ma tristesse, dans les doutes de la div do, la peine du diagnostic, l'urgence de mon désir de maternité, mon besoin de réparation, je n'arrivais pas à me questionner au-delà d'une certaine mesure et que maintenant que certaines craintes se sont apaisées, d'autres sont venues les remplacer. Est-ce que je chipote? Est-ce que je cherche toujours la petite bête? 

Certains doutes ont donc subsisté, par exemple la question de l'anonymat qui ne me convainc toujours pas mais avec laquelle j'ai accepté de vivre en faisant la fiv en Espagne. Et cette question du choix de la clinique. Comment savoir que l'on fait le bon choix? Que personne ne souffre ou n'est mis à mal par mes choix? Avant mon fils, la question de la ressemblance, par exemple, me pesait pas mal. Je me demandais non pas si mon fils me ressemblerait trait pour trait, mais si je le reconnaitrais réellement comme "mien". Cette question a été balayée par la naissance et par le quotidien, mais subsistent ces questions éthiques qui me bouleversent toujours autant. Il y a cette envie de "réparer" cette ménopause que j'ai vécue comme une injustice, mais cette crainte aussi d'être moi aussi, en faisant un choix plutôt qu'un autre, injuste. 

Aïe, j'aurais aimé revenir sur une touche plus joyeuse, plus insouciante, mais peut-être que l'on ne change jamais réellement, et peut-être que la solution ne sera connue que quand mon fils pourra me dire s'il accepte tout cela. 

Je me demande si ces "problèmes de riches" trouveront écho auprès de vous qui me lisez, peut-être, encore. Je me demande aussi si tout cela sera jamais résolu. En tous les cas la vie risque bien, je l'espère, une fois de plus, d'être plus rapide que mon cerveau et d'avancer avant que toutes les réponses soient trouvées. Si vous en avez quelques unes, ou du moins des pistes, je tends l'oreille. 

mercredi 30 avril 2014

6 mois avec lui


J'ai eu beaucoup de chance et après la naissance de mon fils, j'ai pu avoir 6 mois de congé maternité. Un peu payé, un peu pour ma pomme, mais peu importe: 6 mois juste pour nous, pour devenir sa maman, pour le découvrir, le voir grandir, grandir aussi un peu, voyager avec lui, le présenter à tout le monde, le photographier, l'embrasser des milliers de fois, le cajoler, le bercer, le baigner, le contempler, lui chanter des chansons, le nourrir, le couver du regard, vérifier qu'il respire, l'entendre rire aux éclats, etc, etc, je m'emballe. 

Etre sa mère, c'est juste la meilleure chose qui pouvait m'arriver, ça a failli ne pas arriver  et je suis terriblement reconnaissante, merci la donneuse, les médecins, mon mari, les fiveuses qui m'ont soutenue, ma famille, les quelques amis qui étaient au courant, merci la vie. Je ne suis pas complètement débarrassée de mon amertume et de mon légendaire cynisme, mais j'y travaille (enfin, non pas tellement en fait, mais j'y travaillerai un jour)

J'ai repris le travail et je m'attendais à ce que ce soit dur pour moi et facile pour lui. En fait c'est le contraire. J'ai certes passé un dimanche horrible, hyper nerveuse, tendue, agressive et le soir j'ai fondu en larmes en couchant mon petit, me disant que dès le lendemain matin les choses seraient très différentes, mais dès que je suis arrivée au boulot, je me suis sentie à ma place. Bien dans ma classe, bien avec les collègues. Et puis quel confort à midi de pouvoir m'attabler sans avoir cuisiné avant, quel calme, quel plaisir de parler à des adultes sans s'interrompre toutes les trois minutes! Bien sûr j'avais appelé ma mère quatre fois dans la matinée, mais tout allait bien. L'après-midi les choses se sont gâtées: à 15h00 bébé s'est coincé le doigt dans un jouet et n'a cessé de pleurer jusqu'à mon retour à 18h30. Je l'ai retrouvé énervé, fiévreux, mais tout content de me revoir. Depuis, s'il ne pleure pas quand je pars, il refuse de manger avec ma mère et ne lui décroche pas un sourire tant que je ne suis pas là. 

Tout cela me surprend énormément: je suis surprise d'avoir autant de plaisir à travailler à nouveau (définitivement: la vie au foyer ne me réussit pas), et je suis surprise que mon bébé soit aussi attaché, c'est un peu comme si je ne réalisais pas encore à quel point je suis pour lui irremplaçable. Qu'il le soit pour moi, je n'en doutais pas, mais cette réciprocité est une vraie découverte (oui, j'ai inventé l'eau tiède)

Et la suite?! 

Après une consultation de routine chez mon dermato de chez qui je suis sortie en demandant à mon mari de bien vouloir m'appeler Benjamin Button (il m'a mis le moral dans les chaussettes en me parlant de ma peau fragile qui - du fait de ma ménopause - allait vieillir vite... ) j'ai fait le pas et ai pris rendez-vous chez un spécialiste de la ménopause. J'avais un peu les chocottes et je repoussais depuis des mois. On m'avait parlé de traitement hormonal substitutif tant en Espagne qu'en Suisse mais j'avais peur et surtout j'avais fait comme une overdose de médocs, de médecins, d'hôpitaux... (je sais que vous voyez). Bref, j'ai appelé, pris rendez-vous... (je vous raconte la secrétaire? "vous êtes ménopausée?" "oui" "mais attendez, vu votre date de naissance, je vais mettre troubles du cycle, parce que bon, c'est un peu tôt" sans blague, connasse, moi aussi je trouve) suis allée au rendez-vous avec une copine parce que j'avais peur et que mon mari ne pouvait pas ce jour-là... et là: LE CHOC! Le plus chou, gentil, compréhensif, patient, respectueux gynéco du monde de tout mon parcours. C'est aussi le plus jeune, quand je l'ai vu dans la salle d'attente, je me suis dit que j'étais encore tombée sur un incompétent et en fait c'est l'homme le gynéco de ma vie, (enfin, je crois, notre histoire ne fait que commencer). Je résume beaucoup: en gros il me conseille la substitution hormonale, mais on en reparlera la prochaine fois parce qu'entre temps il m'a prescrit quelques examens. Je vous raconterai, en attendant, je vais essayer de lui trouver un petit nom. 

La suite c'est aussi... une autre fivdo. Avec mon mari nous en parlions déjà avant même la sortie de la maternité: on est un peu pressés, c'est vrai, il faut dire que:
  • on a eu beaucoup de chance pour la première fivdo qui a marché vite, mais pourra-t-on en dire autant de la seconde? 
  • on aimerait une grande grande famille et on n'a plus 20 ans 
  • on fait la course avec beau-frère et belle-soeur qui en sont à 5 enfants (je rigole, je sais bien que sur le plan de la fertilité ils sont hors norme, ils se reproduisent en se regardant, apparemment) 
  • faut qu'on fasse le deuxième avant de divorcer (je rigole toujours, même si je ris un peu jaune, j'avoue, c'est parfois un peu tendu, mais je vous raconterai peut-être une autre fois)
  • je me donne dix ans de cette vie-là, après je grade au boulot et je fais fortune dans l'enseignement , je sors un peu de ma classe et j'obtiens un vrai bureau dans mon établissement (ou alors je deviens prof de yoga)
  • j'ai adoré être enceinte et je voudrais l'être encore et encore (comme ma belle-soeur, quoi) 
Nous n'avons plus d'embryons en Espagne. J'ai donc contacté la clinique pour leur demander si par hasard il y aurait moyen de refaire une fiv avec la même donneuse. Après un temps infini ils m'ont répondu et ça semble possible. Je ne sais pas trop pourquoi j'ai demandé. D'une part je trouve mon bébé parfait (il parait que c'est normal) et j'ai l'impression que si j'avais la chance de connaître une nouvelle grossesse, j'aurais moins d'inquiétude que la première fois concernant son apparence et sa santé. Et puis je me dis que si les enfants sont proches génétiquement, cela pourrait, médicalement, présenter des avantages (l'un pourrait être donneur de l'autre - je sais, c'est une obsession). Mon mari ne comprend pas ma démarche et je ne sais pas s'il va vouloir que l'on aille dans ce sens. Quant à moi, comme d'habitude, je retourne le truc dans tous les sens, envisage tous les scénarios et nage dans le doute (qui a dit que j'étais une chieuse?)

J'ai envie de proposer à mon gynéco la mise en place d'un groupe de parole pour les personnes en AMP, je trouve qu'on est très seul sur ce chemin (sauf sur le net, paradoxalement), spécialement en Suisse où ce n'est pas remboursé et où la FIVDO n'est même pas autorisée. Mais bon, j'attends de le connaître mieux (mais je précise que nous avons des amis communs sur FB, c'est pas un signe ça?!). Je ne sais pas si quelqu'un a une expérience de ce genre... si oui je veux bien que vous m'en disiez plus. 

jeudi 15 août 2013

29 sa

Des semaines sans rien écrire. Il s'en passe des choses pourtant, mais je me demande toujours un peu si elles ont leur place sur le blog maintenant que le thème est différent. Je ne me vois pas tellement tenir un blog de maman, je préfère à tort ou à raison sélectionner les infos qui ont un lien avec le don ou au moins avec la fiv. 

En tous les cas oui, il s'en passe des choses et quand même, après des semaines de vacances je vais faire un petit point, histoire de vous tenir au courant et de réfléchir aussi à cette nouvelle situation. 


Le bébé 

Alors... je commence par le plus important: le bébé va bien. Nous ne voulons pas connaître le sexe et pour l'instant aucun médecin n'a encore gaffé. On croise les doigts pour que ça continue. A la question fréquente: "tu préfères un garçon ou une fille"... franchement après être passée par la case stérilité... c'est avec une totale sincérité que je peux répondre que cela m'est égal. La question elle-même me paraît plutôt grossière. Note pour plus tard: lister les interrogations débiles des gens sur: la stérilité, la ménopause précoce, la PMA, la maternité... généralement ce sont les mêmes personnes qui les posent et elles vous suivent tout au long du parcours de leurs interrogations naïves (quand elles ne sont pas blessantes). Donc à part la question du genre, restent les questions essentielles: il a d'après les échographies tout ce qu'il faut où il faut et il bouge très souvent (depuis la 18ème semaine) ce qui me rassure et me sauve de la plupart de mes angoisses. S'il pouvait d'ailleurs bouger encore un petit peu ce serait bien parce que là il est en siège. C'est pas un gros souci, c'est juste que je préfèrerais éviter la césarienne, mais bon, c'est comme avec le genre, l'important c'est qu'il/elle naisse, en bonne santé, je ne vais pas faire une fixation sur le genre d'accouchement que je souhaiterais, je suis déjà bien consciente d'avoir la chance immense d'envisager concrètement un accouchement dans les mois à venir. 


La grossesse 

J'avais un petit peu fait le deuil de la grossesse quand même, j'en rêvais mais je l'avais un petit peu désinvestie quand même je pense, avant que ça ne marche, pour me protéger, pour aller de l'avant. Ce que je voulais, c'était avant tout élever un enfant, fonder une famille... la grossesse n'était pas le point névralgique. Finalement je suis presque surprise d'aimer autant être enceinte et que cela se passe aussi bien: je n'ai pas vomi, j'ai bien dormi pendant 6 mois (oui, bon, c'est bel et bien fini là, et pour quelques années), pas de diabète à l'horizon, j'ai modérément grossi, j'ai pas d'envies obsessionnelles, je me trouve canon, j'ai une libido d'enfer... J'arrive quand même à parler d'autre chose que du bébé mais franchement: je ne pense qu'à ce petit être lové là au-dedans de moi et qui me rend vivante. 


La FIVDO 

Pour mon mari, mes proches, mes parents, la FIV est derrière. Ils ressentent sincèrement, je pense, cette grossesse comme tout à fait normale. Pour moi, je dois dire que les choses demeurent un tout petit peu plus compliquées quand même. Mon bonheur est immense, que l'on s'entende bien, et je ne reviendrais en aucun cas en arrière, mais je trouve pertinent ici d'être sincère sur les interrogations et les séquelles (le mot est peut-être un peu fort) qui subsistent. 

Concernant la FIV, je reste il me semble quand même un peu amère: quand j'apprends que telle ou telle amie/collègue/cousine est tombée enceinte en one shot ou à peine plus, je rapport à nous et à toutes celles qui galèrent et je n'arrive pas à faire sans une pensée amère/cynique/méchante. Je trouve toujours ça dégueulasse que certaines puissent faire des bébés au lit et que d'autres doivent aller à l'étranger, vider leur compte en banque, essuyer les réflexions débiles des gens/médecins, se creuser la tête sur des questions étiques, s'enfiler des gélules dans le vagin et des aiguilles dans le ventre et ailleurs. C'est une amertume dont j'aimerais bien, un jour, me débarrasser mais sincèrement je crois que c'est pas pour tout de suite. Peut-être à la naissance? 

Concernant la FIVDO, je sais bien que ç'a été la chance de ma vie. Mais évidemment j'aurais voulu faire à moins. Pas tant personnellement parce que finalement, ça ne change rien pour moi, j'aime cet enfant et je vais le prendre comme mien, j'en suis sûre, mais je reste préoccupée de ce que lui/elle, pensera de notre choix et de son identité tronquée. J'ai une inquiétude tout de même concernant ses questions à l'adolescence par exemple... j'aurais voulu une filiation habituelle pour ne pas vivre avec ces doutes. Je crains un petit peu le traditionnel jeu des ressemblances auquel vont se livrer tous ceux qui viendront voir notre bébé à la maternité... je ne sais pas ce que me feront les phrases: "c'est tout son père" ou même "oh, il a tes yeux"... alors que mon mari lui s'en fiche royalement et attend même cette étape avec impatience puisque selon lui elle me montrera que cette question de la ressemblance est totalement non pertinente. Il est convaincu que certains trouveront que le bébé me ressemble, et il n'a certainement pas tort. 

Je sens parfois un décalage entre le vécu de mon mari et le mien: si nous avons vécu la PMA ensemble, nous vivons maintenant les choses très différemment. Pour lui il n'en est plus jamais question (sauf quand il évoque nos futurs enfants, et donc nos futurs voyages en Espagne) alors que pour moi la question reste essentielle. Il me reste une blessure, des craintes dues à mon caryotype, à la ménopause précoce... 

A côté de ces interrogations, il y a tout ce que la FIVDO a de beau et qui me porte: ce résultat hyper rapide, cette grossesse qui se passe magnifiquement bien, la gratitude immense que j'éprouve pour l'équipe médicale en Espagne et pour la donneuse, cette femme qui vit quelque part, qui respire en même temps que moi, qui pense parfois à son don, qui a changé le cours de ma vie et que je ne rencontrerai jamais... j'imagine une espèce de connexion entre nous qui nous dépasse et que nous n'établirons jamais réellement mais qui est tellement essentielle à mon bonheur actuel... Parfois je pense à elle et à cette chance immense que j'ai eu que cette personne existe, ça me bouleverse. Ca m'émeut de penser à tous les gens qui ont rendu cet enfant possible. Je me dis aussi qu'il y a quelques années, je n'aurais jamais pu connaître ce que je vis maintenant et je me sens incroyablement chanceuse. Je pense au blog, à ce qu'il m'a apporté... à ces échanges qui nous permettent d'accéder à un peu de compréhension et à une solidarité que je ne soupçonnais pas. 

Bilan FIVDO à la 29e semaine: oui, je me pose des questions, j'ai été changée par la l'annonce de ma ménopause et par la PMA, je suis parfois une vraie salope qui ne peut pas se réjouir immédiatement de toutes les annonces de grossesse ("non, en C1 c'est juste pas correct")... Mais je suis aussi et surtout enceinte, contente, épanouie, en vie... J'espère que toutes celles qui hésitent pourront faire un choix qui leur conviendra, et j'espère que toutes celles qui ont pris leur décision s'approchent un jour après l'autre de leur rêve. C'est promis, je reviens avant la naissance: au prochain épisode vous devriez au moins savoir si bébé s'est retourné. 

lundi 4 mars 2013

Je suis ménopausée mais je suis enceinte, il paraît

Bon, alors comme je sais que les fiveuses sont accro aux chiffres et sont de vraies spécialistes es BHCG, je vais commencer par là: 1886 (deux jours après la première prise de sang). En gros, j'espérais que le taux double, il a même un peu dépassé mes attentes. 

Ca, c'était trop bien! J'ai adoré recevoir le message du labo. J'ai adoré entendre le message laissé sur mon portable par l'assistante de mon médecin alors même qu'elle avait demandé à ce que je reçoive le résultat par texto puisqu'elle ne bossait pas à ce moment-là. J'ai adoré réaliser qu'elle aussi en avait eu marre de m'annoncer des résultats de merde à longueur de temps. J'ai adoré envoyer le taux à mon mari. 

Alors, oui, j'ai eu deux tests positifs et la clinique ne m'a pas demandé de faire une troisième prise de sang, j'imagine qu'ils me considèrent enceinte

De mon côté, j'ai mal aux seins (un truc de malade), la viande me dégoûte horriblement (depuis je dirais 10 jours après le transfert), j'ai soif (je bois des litres et ne fais pas deux pas sans ma gourde, du coup je passe ma vie aux toilettes) et le plus incroyable: les gens puent! Et même quand ils sentent "bon", ils puent le parfum. C'est ahurissant: prendre le bus me provoque des hauts le coeur qui, suivant qui s'assied à côté de moi, me pousseraient parfois presque à descendre. Mais bon, j'ai quand même des horaires à respecter et je ne suis pas certaine que les passagers du bus suivant sentiraient meilleur! 

Il y a quelques proches qui sont au courant. Ils me considèrent enceinte. Mais moi, pour vous dire la vérité, je me sens en équilibre sur un fil. J'ai fait un test, oui, et j'en ai fait un deuxième. Ils étaient positifs mais je ne me dis pas que je suis enceinte. Je me dis que j'ai fait deux tests positifs. C'est bien. C'est miraculeux. Ca me donne la chair de poule. 

Mais je ne peux pas traduire ça par "je suis enceinte". Je suis une fille qui a fait un test positif, mais je ne suis pas vraiment enceinte, mais non, pas moi, moi je suis stérile, je suis ménopausée... Quand je dis à mon mari que je ne mange pas de ci ou de ça, parce qu'on doit éviter "quand on est enceinte", j'ai l'impression de jouer à la dînette, je me revois gamine, mon doudou sous la chemise de nuit, me pavanant dans la cuisine de ma grand-mère, lui disant que j'attends un petit bébé. J'ai l'impression de jouer à la fille enceinte, j'aime bien le rôle, je l'endosserais volontiers dans la vraie vie. Mais pour quelques semaines (mois) encore c'est du domaine du rêve. 

En parlant avec une amie qui a eu un enfant, j'ai réalisé que ce sentiment n'était pas totalement un truc de fiveuse. Tout le monde se méfie au début, toutes les filles prennent des gants, restent circonspectes pour s'épargner une chute trop destructrice, si jamais. Mais je crois quand même que la force de ce sentiment, ce doute, cette façon de poser les pieds dans la maternité à la manière du chat, à pas tout légers... c'est un truc de fiveuse. Et même si ça marche, même si un jour je suis enceinte, pour de vrai, avec le ventre et tout et tout, ça va me rester, je crois. 

Malgré tout ça, je peux quand même dire qu'il y a une partie de moi qui s'est calmée. Dire que je suis apaisée serait excessif, totalement, mais je suis un tout petit peu moins dans la course, j'attends, je laisse venir. Je vois ce moment comme une pause dans notre parcours. Et si la pause pouvait durer... Aïe, j'ose pas! C'est juste hallucinant de ne pas avoir le portable toujours en main dans l'attente d'un appel de la clinique, de n'avoir qu'à attendre. Un truc de fou après une année et demie d'hystérie. J'attends le rendez-vous chez le gynéco avec une impatience mêlée d'angoisse. Il reste des tas de questions, j'ai peur que tout s'arrête demain. Et de l'autre côté de la balance une autre question, tellement plus positive: combien sont-ils? 

Bref... des sentiments contradictoires et un post qui part un peu dans tous les sens. Une fille groggy qui ne sait pas trop quoi penser, abasourdie par ses problèmes de riche... 

dimanche 17 février 2013

Je suis malade, complètement malade...

Ou plutôt: je suis balade, comblèdement balade... 

Eh oui, le retour n'est pas des plus faciles: jeudi soir mal de tête abominable, vendredi toujours mal à la tête et grosse crise de nerfs pour une broutille, samedi idem. Samedi soir, rhume, maux de gorge et un peu de fièvre. Aujourd'hui: gros rhume, mal au ventre, à la gorge, mal partout en fait, boutons sur le visage... et super inquiète pour les trois flocons. Peuvent-ils s'accrocher dans ces conditions

Je m'en veux à mort de ne pas avoir su garder mon calme. Une fois de plus je me suis laissée dépasser par mes émotions et maintenant c'est le corps qui flanche. Je cherche des signes que je ne trouve pas, j'ai peur d'être responsable en cas d'échec. 

Bien sûr j'erre sur google à la recherche de réponses et j'en trouve, souvent rassurantes, parfois pas. Bien sûr il y a des filles qui ont été malades pendant la nidation et qui ont eu des jumeaux ensuite, bien sûr il y a des filles qui tombent enceintes naturellement et qui dans les deux premières semaines sont malades, picolent, fument, mangent n'importent quoi et se font des rails de coke. Mais l'expérience à montré que je ne suis pas ce genre de fille. Chez moi la grossesse est fragile autant qu'elle est désirée. Alors pourquoi? Pourquoi suis-je une hystérique pathologique qui ne peut pas s'angoisser sans péter un plomb? Pourquoi faut-il que j'attrape maintenant le rhume alors que je ne suis jamais malade? Comment dites-vous? Ah, je somatise... NON?! pas du tout mon genre! 

La question de savoir si les embryons se font la malle quand on va faire pipi semble résolue, mais il s'agirait désormais de déterminer s'ils s'accrochent même quand on: 
  • s'arrache les cheveux en pleurant 
  • se mouche à la elephant style toutes les 5 minutes
  • a de la fièvre
  • ne sent rien du tout
  • n'a pas écouté le CD d'hypnose deux jours de suite (je jure que je m'y remets dans l'heure)
  • s'engueule avec l'hôtesse de l'air
  • envoie balader son mari qui finalement n'y est pour rien 
  • y pense tout le temps 
  • ...
En gros: panique à bord mesdames. Alors si vous tenez un témoignage hyper rassurant du style la fiveuse qui a eu une grippe, a fait un combat de catch et n'a eu aucun symptômes après son TEC et qui a quand même eu un/deux/trois enfants en bonne santé, alors je suis preneuse! 

Et si ça marche, promis, je ne serai plus méchante avec mon mari ni avec aucune hôtesse de l'air. Enfin, je promets que j'essaierai. 

samedi 2 février 2013

Kate, ma cousine, ma copine, mon amie, ma belle-seur... et moi, et moi, et moi?


attention, Calimero prend la plume
  
Je me suis mariée, et APRES Kate Middelton et ma cousine se sont mariées. Alors comment se fait-il qu'AVANT moi Kate soit enceinte et que ma cousine ait accouché ? 

Je me suis mariée et ma belle-soeur était là avec ses quatre enfants. Les gens blaguaient parce que nous avions du chemin à rattraper, je rigolais (AHAH c'était trop drôle quand même) et rigolais encore quand elle me disait qu'il me suffisait de faire rapidement deux fois des jumeaux (AHAHAHA, c'était quand même trop marrant). Alors comment se fait-il que je n'aie pas même débuté
une grossesse alors que mon cinquième neveu est né?

Je me suis mariée et ma copine était enceinte, je ne le savais pas à ce moment-là. Quelques temps après elle a fait une fausse-couche. Mais comment se fait-il qu'elle ait eu le temps depuis de retomber enceinte et de se trouver à quelques semaines de l'accouchement pendant que moi je n'avais le temps que de quelques aller-retour infructueux chez les spécialistes puis en Espagne? Et comment se fait-il que ses efforts à elle, qui se limitent à ne pas trop fumer, et ne pas trop boire se trouvent ainsi récompensés? 

Je me suis mariée et mon amie était enceinte, de si peu, rien n'était encore certain. Elle était un peu nerveuse: quand elle a eu son résultat positif, elle a avoué dans un souffle "si j'avais su que ça viendrait si vite, je n'aurais pas osé arrêter la pilule". Alors comment se fait-il que son cycle 1 chez moi se transforme en cycle... euh... j'en suis à combien et que sa fille ait trois dents? 

Y'a comme une erreur de planning, non? Y'a peut-être même une erreur de casting, non? 
 
Je n'aborderai même pas les grossesses des collègues, les annonces de naissance dans la salle des maîtres... Les profs sont souvent des femmes, je suis cernée par les gros ventres et les mamans comblées. Certainement aussi cernée de gens plus malheureux et plus en souffrance que moi, mais le malheur ne s'expose pas, il ne s'écrit pas sur les faire-part, il ne se poste pas sur facebook. C'est certainement pour ça que l'on a toujours l'impression d'être la seule à galérer. 

Cette première année de mariage, je croyais que ce serait celle de ma première grossesse, peut-être même celle de notre premier enfant. C'est devenu celle des grossesses et des enfants des autres. Elles sont heureuses, elles sont et seront certainement de super mamans, certainement meilleures que je ne le serai jamais, moi qui suis si pleine de doutes et de craintes, si anxieuse et peut-être si abimée par le parcours qui est le mien. Moi qui n'ai pas été capable de faire mes enfants moi-même, qui aurai toujours un peu peur de la suite, du regard que mes-enfants-si-j-en-ai (c'est devenu le terme en vigueur) porteront sur leur mode de conception, sur l'anonymat de la donneuse, sur moi. 


Voilà, le quart d'heure d'apitoiement est passé;) C'était mon côté sombre. Promis, je vais me reprendre! Il y a quelques temps ces doutes-là me submergeaient pendant des jours, voire des semaines (après l'annonce de l'IOP). Ca n'a pas disparu et les annonces de grossesse, de naissance, sont des moments un peu difficiles. J'en ai eu deux cette semaine alors ce post-là, je l'avais au bout de la langue. Qu'on se rassure, je ne vais pas faire la tête jusqu'au TEC!

mercredi 28 novembre 2012

Post-transfert


Dans 7 jours et 16 heures, je vais aller faire le test... D'ici là, je travaille, fais les courses, mes paiements, regarde des films et sors mon chien ce qui est juste complètement héroïque par ce temps pourri. Mais en vrai, je ne pense qu'à ça... 

Avant-hier j'ai pleuré quand j'ai trouvé une contractuelle occupée à me coller une amende, hier quand j'ai réalisé que j'allais devoir manquer une réunion de travail, aujourd'hui j'ai presque remis ça quand j'ai constaté que le toner que l'économat m'avait donné n'était pas le bon... Une vraie flaque! 

Tout de suite après le transfert, j'étais hyper positive et je me disais que ça allait marcher, je me récitais comme un mantra que j'avais un "bel utérus" dixit mon gynéco, moi je ne sais trop, que la donneuse était plutôt jeune et - c'est sûr - en bonne santé, que mon mari aussi... que nous avions mis deux embryons et avions ainsi augmenté nos chances, que j'étais plutôt relax le jour du transfert... Maintenant j'ai peur, toute la journée je pense à cette possibilité et j'ai peur d'avoir fait une connerie (trop marcher à Barcelone, porter ma valise, les courses...).

J'ai tellement envie que ça ait marché et tellement peur que ce ne soit pas le cas... J'ai juste terriblement peur de ne pas avoir été capable d'accueillir ces huit cellules. Bref, autoflagellation à mort, grignotage compulsif et interrogations googlisées.

Ce qui est sûr, c'est que les interrogations sur le physique de la donneuse et les interrogations éthiques ont complètement disparu. Il n'y a plus qu'une chose qui compte maintenant, et tellement fort: qu'ils s'accrochent et que cette histoire finisse bien (ils se marièrent - ça c'est fait - et eurent beaucoup d'enfants). 

Pour celles qui ont déjà eu un transfert, si je peux me permettre, est-ce qu'après vous: 
  • avez eu mal au ventre
  • si oui, pendant combien de temps (moi ça passe pas)
  • étiez complètement épuisée et un peu déprimée ?    

Bon, comme je ne vais pas que me plaindre, sachez tout de même que les trois embryons qui restaient ont pu être congelés... on a donc une deuxième chance, si jamais. 


Et pour terminer, dans la série des Martine, je ne peux résister au petit clin d'oeil à notre blogueuse tête en l'air, j'ai nommé Vertupatience  



 


mardi 30 octobre 2012

Merci Papa!

De retour d'Espagne, j'explique à mon père ce qui m'a convaincue de tenter la FIVDO. 

J'avoue que j'ai bien sûr encore plein de questions mais que bon, si j'attends d'avoir trouvé toutes les réponses, je vais me retrouver à son âge à me dire: "eh ben voilà, il y a trente ans j'aurais pu avoir un enfant et je suis passée à côté". Alors bien sûr, lui dis-je, je risque bien de me faire envoyer chier par mon ado qui me reprochera la façon dont je l'ai conçu... 

Et mon père: 
"Eh ben si ton ado t'envoie chier, c'est déjà qu'il sera en bonne santé!"

Pas faux. 

jeudi 25 octobre 2012

Espagne, J-1

L'Espagne, c'est demain! 

Alors, pour les préparatifs "normaux", je crois que c'est bon, à part une putain de feuille que je ne retrouve plus. Est-ce un acte manqué? C'est la première analyse, celle qui a tout déclenché, celle à partir de laquelle on m'a immédiatement dit que j'étais ménopausée (pas en insuffisance ovarienne précoce, ménopausée). Bon, OK, ensuite le médecin m'a dit en m'enfilant son gros machin (comment ça s'appelle le truc pour les écho?) que j'avais un très bel utérus, mais quand même, sur le moment, le compliment m'est un peu passé au-dessus et j'ai dit: "ça me fait une belle jambe". Alors le gynéco a dit que quand j'irai en Espagne, je serai bien contente d'avoir un bel utérus. Soit. Ben l'Espagne, au risque de me répéter, c'est demain, et mon bel utérus et moi-même sommes à la fête et un peu flippés aussi, enfin moi, parce que je ne sais pas si les utérus flippent. 

Revenons à nos préparatifs: les préparatifs "normaux" c'est fait. Et les autres aussi. 
C'est quoi les autres? Des trucs de débile genre: 
- m'acheter de nouveaux habits pour pas avoir trop l'air d'une pouilleuse et cacher un peu les kilos pris avec le traitement 
- m'épiler les sourcils 
- faire une petite séance photo pour donner à la clinique 

Ces derniers temps, j'ai stressé un peu concernant la donneuse et je vais passer là pour une superficielle de première mais voilà un peu le raisonnement: si j'arrive là-bas en jeans effiloché trop petit, des bourrelets de sharpeï qui sortent de partout, les sourcils en bataille... vous imaginez la donneuse qu'ils me sélectionneront?! 

Je sais c'est absolument ridicule. Ils veulent juste voir la couleur de mes yeux (mais verront-ils qu'ils sont "noisette"?), de mes cheveux (mais verront-ils que sous la teinture je suis un peu plus claire?) et de ma peau (mais comprendront-ils que les vacances c'était il y a longtemps et que sur la photo j'ai ma sale gueule automnale alors qu'en été j'ai une mine de méditerranéenne épanouie élevée à l'huile d'olive et la tomate bien mûre?).

Ca peut paraître vraiment ridicule de se préoccuper de ce genre de détails insignifiants, mais voilà, ce sont mes petites angoisses du moment. Je sais bien qu'ils vont sélectionner quelqu'un qui est en bonne santé, et que c'est l'essentiel, mais j'ai un petit peu peur quand même. 

Quelque part, je me fous que mon enfant me ressemble. Alors j'ai de la peine à expliquer pourquoi je flippe autant du regard des gens de la clinique sur moi. J'ai l'impression de passer l'examen de ma vie. C'est un peu comme pour un entretien d'embauche: on pense bien qu'on ne va pas être choisie pour son physique (du moins, en ce qui me concerne, je ne suis pas assez spectaculairement belle pour envisager ce critère comme essentiel), mais on aimerait quand même se montrer sous son meilleur jour et on fait ce jour-là quelques efforts de présentation. 

Peut-être que je réfléchis à des choses aussi inopérantes parce que ça m'occupe les neurones, et pendant ce temps-là je ne pense pas à d'autres inquiétudes beaucoup plus profondes: est-ce que ça va marcher? est-ce qu'ils m'annonceront d'autres mauvaises nouvelles? est-ce qu'ils me feront poireauter des mois? est-ce que je suis incapable de garder un bébé dans mon bel utérus? 




mercredi 24 octobre 2012

Espagne, J-2

Nous partons demain soir pour l'Espagne. Le rendez-vous à la clinique est prévu pour vendredi. A l'approche de ce rendez-vous les questions, déjà nombreuses, se multiplient. 

Il y a les questions pratiques (ai-je tous les documents nécessaires? vais-je trouver facilement la clinique? pourrai-je compléter le dossier depuis la Suisse? dans combien de temps pourrai-je commencer le traitement? quand retournerai-je en Espagne pour la fécondation?...) qui trouveront des réponses rapidement (vendredi ou dans les semaines à venir). 

Il y a les questions éthiques, qui n'auront leurs réponses que bien plus tard, certaines dans des décennies (est-ce que notre enfant acceptera notre choix? sera-t-il heureux? considérera-t-il que je suis bel et bien sa mère? sera-t-il opposé à l'anonymat? comprendra-t-il notre décision? parviendra-t-il à se construire une identité solide, à avancer sereinement dans l'existence...). Ces questions-là, elles sont des dizaines, des centaines peut-être. 

En les écrivant je réalise que certaines d'entre elles sont communes à tous les futurs parents (puis-je déjà nous associer aux "futurs parents"?). Chacun se demande si son enfant sera heureux. Toute future mère s'interroge sur ses capacités à donner la vie et à élever un enfant. C'est normal. Dans notre cas, c'est bien plus compliqué. Déjà, on a beaucoup plus de temps pour penser et repenser à cette décision que la plupart des gens, on attend bien sûr depuis plus de 9 mois. D'autre part, on doit répondre à des questions qui normalement ne se posent pas (combien d'embryons implanterons-nous?). Et il y a le problème du don. Comment le dire? A qui le dire? Faisons-nous passer notre désir d'enfant avant les besoins de cet enfant potentiel? 

Je ne peux pas savoir encore comment mon enfant - si j'en ai un - prendra la chose. Il est possible qu'il vive bien sa situation, il est possible qu'il la vive mal. Mais est-ce que je ne dois pas courir ce risque? Choisir d'avoir cet enfant (ou du moins essayer de l'avoir), n'est-ce pas le choix de la vie, le choix qui consiste à aller de l'avant, à poursuivre une vie la plus normale possible? Est-ce que les autres parents, avant d'avoir un enfant, ont la certitude qu'ils offriront le meilleur à leur enfant? Savent-ils qu'ils le rendront heureux et lui donneront les armes pour affronter l'existence la tête haute et le coeur au chaud? 

J'essaie de me convaincre, et parfois j'y parviens, que je ne suis pas une mère (je m'y vois déjà! disons une fille) si différente des autres: je ne suis pas parfaite (eh non, déjà: je suis stérile), le monde dans lequel je vis ne l'est pas non plus, mais je vais essayer de croire en la vie et en ses possibilités. De l'amour que mon mari et moi éprouvons l'un pour l'autre naîtra peut-être un enfant, et nous nous efforcerons de le rendre le plus heureux possible, le plus solide possible. Nous essaierons d'être à la hauteur. Pour l'instant, pour moi, être à la hauteur, donner sa chance à la vie, c'est aller en Espagne demain soir.