mercredi 24 octobre 2012

Espagne, J-2

Nous partons demain soir pour l'Espagne. Le rendez-vous à la clinique est prévu pour vendredi. A l'approche de ce rendez-vous les questions, déjà nombreuses, se multiplient. 

Il y a les questions pratiques (ai-je tous les documents nécessaires? vais-je trouver facilement la clinique? pourrai-je compléter le dossier depuis la Suisse? dans combien de temps pourrai-je commencer le traitement? quand retournerai-je en Espagne pour la fécondation?...) qui trouveront des réponses rapidement (vendredi ou dans les semaines à venir). 

Il y a les questions éthiques, qui n'auront leurs réponses que bien plus tard, certaines dans des décennies (est-ce que notre enfant acceptera notre choix? sera-t-il heureux? considérera-t-il que je suis bel et bien sa mère? sera-t-il opposé à l'anonymat? comprendra-t-il notre décision? parviendra-t-il à se construire une identité solide, à avancer sereinement dans l'existence...). Ces questions-là, elles sont des dizaines, des centaines peut-être. 

En les écrivant je réalise que certaines d'entre elles sont communes à tous les futurs parents (puis-je déjà nous associer aux "futurs parents"?). Chacun se demande si son enfant sera heureux. Toute future mère s'interroge sur ses capacités à donner la vie et à élever un enfant. C'est normal. Dans notre cas, c'est bien plus compliqué. Déjà, on a beaucoup plus de temps pour penser et repenser à cette décision que la plupart des gens, on attend bien sûr depuis plus de 9 mois. D'autre part, on doit répondre à des questions qui normalement ne se posent pas (combien d'embryons implanterons-nous?). Et il y a le problème du don. Comment le dire? A qui le dire? Faisons-nous passer notre désir d'enfant avant les besoins de cet enfant potentiel? 

Je ne peux pas savoir encore comment mon enfant - si j'en ai un - prendra la chose. Il est possible qu'il vive bien sa situation, il est possible qu'il la vive mal. Mais est-ce que je ne dois pas courir ce risque? Choisir d'avoir cet enfant (ou du moins essayer de l'avoir), n'est-ce pas le choix de la vie, le choix qui consiste à aller de l'avant, à poursuivre une vie la plus normale possible? Est-ce que les autres parents, avant d'avoir un enfant, ont la certitude qu'ils offriront le meilleur à leur enfant? Savent-ils qu'ils le rendront heureux et lui donneront les armes pour affronter l'existence la tête haute et le coeur au chaud? 

J'essaie de me convaincre, et parfois j'y parviens, que je ne suis pas une mère (je m'y vois déjà! disons une fille) si différente des autres: je ne suis pas parfaite (eh non, déjà: je suis stérile), le monde dans lequel je vis ne l'est pas non plus, mais je vais essayer de croire en la vie et en ses possibilités. De l'amour que mon mari et moi éprouvons l'un pour l'autre naîtra peut-être un enfant, et nous nous efforcerons de le rendre le plus heureux possible, le plus solide possible. Nous essaierons d'être à la hauteur. Pour l'instant, pour moi, être à la hauteur, donner sa chance à la vie, c'est aller en Espagne demain soir. 


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